
4 février 2026
Chaque premier mercredi du mois, j’écris cette newsletter. Elle s’appelle La Sirène du mois.
Là où je vis, chaque mercredi, la sirène des pompiers retentit pour un test. Un son étrange : à la fois stressant et rassurant. Rassurant parce qu’on sait qu’elle fonctionne. Stressant parce qu’on espère ne jamais l’entendre en dehors de ce test.
Avec le temps, cette sirène est devenue un symbole.
En finance aussi, il y a des sirènes. Celles qui annoncent que ça chute. Celles qui signalent qu’un cycle se termine.
J’ai toujours appris qu’il fallait acheter au son du canon et vendre au son du clairon. Autrement dit : savoir lire le bruit du monde plutôt que paniquer avec lui.
Et puis il y a la baleine. La sirène, la mer, la baleine. En finance, la baleine, c’est le gros investisseur, celui qui déplace les marchés à lui seul.
Tout ça a nourri le nom de cette newsletter.
L’idée, depuis le début, est simple : parler de finance autrement. La rendre accessible. Sortir ce sujet de son image élitiste, fermée, presque intimidante.
Mais je dois vous avouer quelque chose.
Ce mois-ci, pour la première fois, je ne savais plus de quoi vous parler.
Pas par manque de sujets. Par excès.
Trop de bouleversements. Trop de signaux contradictoires. Trop de fins de cycle qui ressemblent à des débuts.
Il y a quelques mois, je disais que nous étions à l’orée d’une nouvelle ère. Je le crois encore.
Même si, à court terme, on a l’impression que rien ne s’améliore. Que tout se dégrade.
Pourtant, rien n’est éternel. Même les empires s’effondrent.
Ibn Khaldoun décrivait déjà, il y a des siècles, l’évolution des empires en quatre phases : naissance, expansion, apogée, déclin. Si je me fie à ma maigre compréhension, nous sommes clairement dans cette dernière phase.
Mais le déclin ne veut pas dire “table rase”. Ce n’est pas repartir from scratch. Ce n’est pas tout effacer pour recommencer.
Au contraire.
C’est comprendre ce qui n’a pas fonctionné pour ne pas répéter les mêmes erreurs. C’est apprendre pour pouvoir aller un cran plus loin.
D’un point de vue financier, j’ai le sentiment que nous nous sommes trop éloignés des bases. Plus les crises s’accumulaient, plus on réglementait. Plus on réglementait, plus on apprenait à contourner. Et plus on s’éloignait du sens initial.
Je n’ai pas connu toutes les crises, évidemment. J’en ai étudié certaines. J’en ai vécu d’autres.
Mais ces quinze dernières années, j’ai vu la même chose se répéter : on oublie le passé sous prétexte de nouveauté, en oubliant pourquoi certaines règles avaient été mises en place.
C’est effrayant, parce que l’inconnu fait peur.
Mais c’est aussi une opportunité.
Comme au jeu, on redistribue les cartes.
Les empires peuvent tomber par excès de confort. L’abondance n’a jamais été une garantie de lucidité. Et il y a parfois cette illusion dangereuse — presque une addiction — de croire qu’on pourra toujours “se refaire”.
Sans acceptation du passé, sans compréhension du présent, on ne peut pas préparer l’avenir.
Alors cette newsletter sera peut-être un peu différente. Peut-être moins “finance” en apparence.
Et pourtant, elle l’est profondément.
Parce que la finance, ce ne sont pas que des chiffres. C’est comprendre le monde. Ses cycles. Ses peurs. Ses excès.
La finance ne se gère pas à huis clos. Elle est le reflet de tout le reste.
Et peut-être que, justement, apprendre à écouter les sirènes — sans paniquer — est devenu plus essentiel que jamais.