La Grande Désillusion

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7 janvier 2026

Ou pourquoi l’incertitude est la seule certitude

Pour cette newsletter de janvier, j’aimerais faire une rétrospective. En général, c’est en fin d’année lors des bilans qu’on procède à ça, mais j’aime être à contre-courant.

J’aimerais mettre sur la table le sujet de la « Grande Désillusion ». C’est un titre que j’emprunte à l’éminent prix Nobel Joseph Stiglitz (dans son livre de 2002), qui revient sur les effets délétères de la mondialisation et l’application généralisée d’un modèle unique sans considérer les histoires de chacun.

Si je m’approprie ce sujet pour cette première newsletter de 2026, c’est pour vous partager ma propre grande désillusion.

Le témoin : « Activée utile à la nation »

Je suis une milléniale et je fais partie de la génération qui a vécu beaucoup de révolutions dans la vie et au travail. Mais ma grande désillusion s’arrête à l’après-Covid. Le Covid a été un cataclysme en 2020. Véritablement un stop à l’humanité. Les esprits les plus basiques parlaient de babyboum, les plus lucides avaient saisi l’impact traumatisant de l’enfermement.

À ce moment-là, j’étais ce qu’on appelle  » utile à la nation ». Spoiler alert : je n’étais ni infirmière ni médecin… j’étais banquière.

Je n’ai donc jamais cessé de travailler. Chaque matin tôt, j’avais les dirigeants d’entreprise au téléphone. Ils étaient complètement perdus, acculés. Ils subissaient une situation inédite et n’avaient jamais eu l’habitude, en tant qu’entrepreneur (ni même en tant qu’humain, soyons clairs), de ne pas être moteurs de leur vie. Ils ont vécu l’incertitude à son paroxysme : la réglementation à son extrême, l’interdiction de tout, sans visibilité.

Le réveil brutal : La fin du coma artificiel

J’ai naïvement pensé que l’après-Covid serait salvateur pour l’humanité, un réalignement des principes moraux, où les sujets essentiels seraient remis en tête de gondole de nos vies.

Quelle erreur. La suite du Covid n’a été en réalité qu’instabilité. J’ai l’impression qu’on a débranché les appareils et qu’on a dit au patient : « Allez, vous pouvez rentrer chez vous », en occultant totalement le coma artificiel dans lequel il était plongé. Une année sous perfusion, intensive, avec supplément d’opium.

Le résultat ? 2025 a été une année record pour les liquidations, cessations et autres catastrophes. C’est aussi l’année d’échéance de nombreux PGE qui ont été mis en place à l’époque. Nous voyons des tensions partout. Une situation géopolitique instable, de l’inflation, du chômage, des déséquilibres sur chaque indicateur. J’entends d’ailleurs de plus en plus que le BTP et le logement ne sont pas à leur meilleur niveau. Or, il y a une expression qui dit : « Quand le bâtiment va, tout va »… Comprendra qui veut.

L’analyse : Apprendre à naviguer dans le brouillard

Avec le recul, je me rends compte à quel point nos analyses manquent de discernement. Nous occultons ce qu’il s’est passé.

Cela me fait penser aux écrits de Frank Knight sur l’incertitude, ou encore mieux au Cygne Noir de Nassim Taleb. Qui aurait pu penser, moi la première, que ce qui est arrivé arriverait ? J’avoue qu’en écrivant ces mots, cela me fait penser à la conjoncture actuelle, car nous n’avons pas plus de certitude aujourd’hui.

Il faut réaliser que depuis 25 ans, le monde a été révolutionné. Nous sommes sur une bascule historique aussi puissante que les Révolutions Industrielles des 18ème et 19ème siècles, ou que le choc boursier de 1929.

L’admettre, c’est déjà le comprendre.

Un dirigeant n’est pas un acteur isolé du reste du monde, même dans une activité de niche, même dans une activité qui ne connaît pas la crise.

L’hygiène avant le remède

Alors, où se situe la « Grande Désillusion » ? Elle se situe justement dans notre incapacité à apprendre de nos erreurs et de l’histoire. Nous ne cessons de répéter les choses. Parfois, j’ai cette sensation qu’on attend avec impatience une crise financière ou une guerre, comme pour faire un « restart ».

Ici, il ne s’agit pas d’intelligence financière et stratégique telle que je vous en parle habituellement, mais pour autant, ça en fait partie. Garder un esprit d’analyse global face à des événements structurels est indispensable.

Personnellement, je pense qu’attendre la maladie pour se soigner est toujours une grande bêtise. Il est préférable d’avoir une bonne hygiène de vie en premier lieu. Et si nous rencontrons les premiers symptômes, autant les traiter avant d’attendre l’urgence.